Le blason (ou héraldique) définit lensemble des normes et des principes qui réglaient lutilisation des couleurs dans le monde de la chevalerie médiévale. Il définit quelles doivent être la forme, les partitions et les couleurs de lécu du chevalier. Il existe une distinction fondamentale entre les émaux, qui correspondent à peu près aux couleurs primaires, et toutes les autres couleurs, classées comme secondaires. Les émaux à leur tour le mot fait apparemment référence à la technique employée pour obtenir les surfaces colorées se divisent en couleurs, métaux et fourrures. Les couleurs (dont certaines ont, comme les métaux, des noms utilisés uniquement en héraldique) sont le rouge (« gueules »), le bleu (« azur »), le vert (« sinople ») et le noir (« sable »). Les métaux sont l« or » (= jaune) et l« argent » (= blanc). Les fourrures sont l« hermine », la « contre-hermine », le « vair » et le « contre-vair ». Le pourpre et le violet peuvent être considérés aussi bien comme des couleurs que comme des métaux (on parlera ci-dessous de couleurs-métaux). Il existe une règle de composition très stricte pour remplir le champ de lécu ou de létendard : couleurs et métaux doivent alterner de façon à ce que lon nait jamais couleur sur couleur ni métal sur métal. Les couleurs secondaires utilisées jadis pour les tournois et les livrées comprennent lorangé, le rosé, lincarnat, le sanguin, le carmin, le châtain, lolivâtre, le brun-vert, le mêlé, le jaune-vert, le cannelle, le gris, le naturel, le perle et le fleur de pêcher. Si lon reprend lemplacement traditionnel des couleurs dans le cercle chromatique, on peut répartir les émaux couleurs, couleurs-métaux et métaux sur la circonférence de trois anneaux extérieurs concentriques proches les uns des autres, et les couleurs secondaires le long dun cercle intérieur. Au centre de la figure se trouve le mêlé qui résulte de la juxtaposition de diverses couleurs primaires et secondaires, et signale la gamme des couleurs changeantes. Le sable et largent sont disposés à proximité lun de lautre, mais sur deux anneaux différents ; le diamètre vertical qui marque leur alignement porte ensuite le gris, placé sur le cercle des couleurs secondaires, et de lautre côté, sur lanneau extérieur des couleurs, lazur. De la même façon, le sinople et les gueules sordonneront sur le diamètre horizontal perpendiculaire au précédent, tandis que lor est opposé au pourpre. Ce dernier occupe en héraldique un domaine très vaste, dans une gamme chromatique qui va du lilas au rouge. Sur le cercle intérieur, les couleurs secondaires sont disposées comme suit : on relève du côté du sinople la gamme des secondaires qui sen rapprochent le plus : olivâtre, brun-vert, jaune-vert, etc. Du côté des gueules, une gamme plus vaste de couleurs allant du cannelle au fleur de pêcher en passant par lincarnat. On se rappellera que, selon la tradition médiévale, la nature du chevalier est double. Dun côté, elle est païenne, nordique ou germanique : le chevalier est ici un guerrier, protagoniste de légendes et de récits épiques, errant par le monde à la recherche de défis et de tournois pour illustrer son blason. De lautre, elle est chrétienne et fait du chevalier un combattant de la foi, qui « prend la croix » pour aller délivrer la Terre Sainte. Cette dualité de nature exige une définition précise du rapport entre les vertus séculières et les vertus chrétiennes. Lhéraldique indique précisément le lien entre les émaux (couleurs et métaux) et les vertus. Les sept vertus élémentaires se divisent en trois vertus théologales (foi, espérance et charité) et quatre vertus cardinales (prudence, justice, force et tempérance). La foi a comme attribut lor ; lespérance, largent ; la charité, les gueules ; la prudence, le sable ; la justice, lazur ; la force, le sinople ; la tempérance, le pourpre. Les sept vertus chevaleresques quatre plus trois sont disposées selon un ordre croissant qui va de la prudence à la charité, la plus grande vertu pour un chrétien. Sur le diagramme, on les a réparties, avec les émaux correspondants, le long dune spirale qui traduit leur progression, mais indique aussi un modèle possible de rapprochements chromatiques sur deux axes perpendiculaires, où lon peut retrouver le rapport de complémentarité qui existe entre les couleurs opposées. Les deux petites illustrations de droite proposent des interprétations libres de ce rapport entre les trois vertus chrétiennes et les quatre vertus séculières, le chiffre 7 symboliquement si important résultant de la somme de 4 + 3 (cest-à-dire du pair et de limpair). La première représente un carré dans lequel les quatre vertus cardinales, avec leurs émaux respectifs (abrégés de litalien en initiales) ont été placées aux angles. Les diagonales du carré unissent les opposés et montrent leur complémentarité : la justice (azur) doit être tempérée (pourpre), la prudence (sable) fortifiée (sinople) et vice versa. Le triangle, figuré au dessus du carré, porte en ses angles les vertus théologales. Ensemble, carré et triangle traduisent le rapport dindépendance entre Terre et Ciel : le ciel est au-dessus de la terrre et ils nont aucun point de contact, tout en gardant un rapport direct. Si lon veut pousser plus loin linterprétation, cette combinaison de carré et de triangle peut se matérialiser sous la forme dune pyramide : le carré de base représenterait la stabilité du terrestre, surmontée du dais protecteur de quatre triangles dressés culminant dans la même espérance céleste. A cette interprétation statique pourrait enfin sopposer une interprétation dynamique : les couleurs des vertus chrétiennes et séculières y seraient disposées sur la même circonférence, mais se déplaceraient en sens contraire. On retrouve alors la même relation dindépendance et de rapport direct. Telle a été, par exemple, lexpérience de Perceval, lorsquil cherche durant une partie de sa vie lévidence la plus essentielle de la chevalerie, qui seule donne accès au saint Graal : la fameuse question de la pitié, cest-à-dire du lien entre le rouge et le pourpre, entre la générosité et la tempérance. © echo productions www.colorsystem.com |