Vers la fin du XIXe siècle, la psychologie envahit le domaine des sciences. Wilhelm Wundt (1832-1920) compte au nombre des pionniers qui ont édifié puis confirmé la psychologie expérimentale au rang de science empirique. Physiologue et philosophe, il jette les bases dune Psychologie physiologique tel est le titre de son ouvrage en deux volumes, publié en 1887 qui semble aujourdhui naturelle tant elle est pratiquée avec succès. Il pouvait, à cet effet, se rattacher à une psychophysique développée surtout par Gustav Fechner (1801-1887) et qui avait pour objectif détablir des relations entre les données quantifiables du monde physique environnant et leur représentation psychique vécue, cest-à-dire limpression. Par exemple, dans le noir, on perçoit des différences dintensité lumineuse plus petites que dans la clarté ; doù cette hypothèse générale que laugmentation du stimulus perceptible modification de la clarté est en rapport constant avec le stimulus fondamental (la clarté) lui-même. Fechner poursuivait en imaginant que ce rapport agit en continu et vaut également pour des modifications infinitésimales, ce qui lui permit finalement détablir la loi célèbre qui porte son nom : les différences de perception de la lumière sont à mettre en relation avec les densités lumineuses, cest-à-dire avec les différences correspondantes entre les tons de couleur (on devrait parler plus précisément de loi de Fechner-Weber). Wundt partit de la loi de Fechner et chercha à lélargir. Au lieu dun lien entre stimulus et réaction, il eut lidée dune relation entre stimulus et impression. Toutefois, il ne réussit jamais à lexprimer de façon suffisamment convaincante pas plus que le rapport constaté par Fechner nest une loi physique au sens strict du terme ; il sagit, au mieux, dune approximation de létat des choses. Passé le premier enthousiasme, la psychophysique est devenue plutôt aujourdhui une science marginale. Wundt sest longuement consacré aux couleurs et a mis sur pied deux systèmes dérivant tous deux du principe de lopposition (que lon déduit par exemple des attributs antithétiques du monde empirique, comme lexcitation et le repos, le plaisir et la douleur etc.). Après un premier système sphérique (en 1874) qui sinspire du diagramme de Forsius, Wundt proposa en 1893 une construction conique qui rappelle les propositions de Chevreul et de Lambert. (Wundt a proposé le cône pour la première fois dans la deuxième édition de ses Lectures sur lâme des hommes et des animaux, alors que cela manquait dans la première édition de 1863. Une question reste ouverte : pourquoi est-il revenu à ce schéma après avoir décrit dès 1874 une sphère incomparablement plus riche denseignements ? (illustration cercle de base)). Wundt sintéresse avant tout au système des couleurs afin de mieux comprendre le processus de la perception et de la sensation. Pour ce faire, il définit par « sensations » ces états de la conscience « qui ne se laissent pas décomposer en parties plus simples », selon les propres termes de louvrage dans lequel se trouve également une représentation de la sphère chromatique. Le blanc (« we », pour weiß) et le noir (« sc », pour schwarz) occupent les pôles, et léquateur est un cercle de huit couleurs vert (« gr », pour grün), bleu-vert (« gb », pour grünblau), bleu (« b », pour blau), violet (« vi », pour violett), pourpre (« pu », pour purpur), rouge (« ro », pour rot) et vert-jaune (« gg », pour gelbgrün) dont le centre est le gris. Wundt ajoute la remarque suivante : « Même si cette représentation sous forme de sphère est arbitraire, au point que lon pourrait choisir toute autre figure dotée des mêmes propriétés, on y trouve exprimé concrètement le fait psychologique suivant : lensemble des sensations lumineuses est un continuum tridimensionnel et refermé sur lui-même. » Tandis que, dans la sphère chromatique, on peut se diriger vers deux directions à partir de la grande section (au centre), il ne reste plus dans le cône quun seul chemin qui mène du centre blanc du cercle de base à la pointe noire de la figure. Le cercle lui-même naccueille plus que six couleurs : jaune, vert, bleu, pourpre, rouge et orange. Cette réduction conduit naturellement à ce que, dans les deux systèmes de Wundt, des couleurs différentes sopposent. Dans les deux classifications, le chiffre 8 joue un rôle surprenant. Huit couleurs apparaissent dans le cône, et huit couleurs également se retrouvent dans la plus grande section (médiane). Cest un fait que huit couleurs fondamentales représentent les impressions de couleurs extrêmes que lil peut produire lorsque lon part des trois couleurs primaires que Maxwell avait indiquées. A partir de ces trois composantes, huit combinaisons sont possibles, y compris naturellement le noir (qui ne contient aucune couleur primaire) et le blanc (qui les contient toutes les trois). Parvenu ce point, il faut faire un remarque particulière sur le concept même de cercle chromatique qui apparaît dans les deux systèmes de Wundt et aussi dans celui de Newton. Depuis que lon sait que le spectre électromagnétique de la lumière visible entre 400 nm pour le bleu et 700 nm pour le rouge est ouvert, on doit sétonner que lon puisse représenter les couleurs dans un système fermé. Le cercle chromatique nexiste pas dans la réalité ; il nexiste que dans notre tête, comme élaboration de notre perception. Les couleurs montrent que cette dernière est autant sélective que constructrice. Elle est sélective parce que toutes les longueurs donde ne sont pas perçues par lil et elle est constructrice parce que des stimuli physiques (des lumières de différentes longueurs donde) font naître des qualités (couleurs). Le mélange de deux longueurs donde qui restent physiquement séparables fait naître une troisième couleur qui nest pas physiologiquement séparable : le blanc et le pourpre ne peuvent naître que comme mélanges (et non comme couleurs pures). On peut encore se demander pourquoi notre il est précisément sensible au secteur du spectre compris entre 400 nm et 800 nm. La réponse se trouve dans latmosphère qui nest que modérément perméable au rayonnement. En vérité, latmosphère de notre planète possède une fenêtre optique qui concorde pratiquement avec celle de notre perception. Notre il se trouve précisément réceptif pour le secteur dans lequel le spectre électromagnétique de la lumière qui atteint la Terre offre son maximum. Celui-ci se trouve dans le vert, cest-à-dire dans le secteur auquel von Bezold a ménagé la plus grande place dans son cercle. Les biologistes parlent à ce sujet du « caractère dadéquation » de la perception : seul le rayonnement qui nous atteint est transformé en lumière que nous pouvons voir. © echo productions www.colorsystem.com |