Lannée même où Lambert bâtissait sa pyramide chromatique et établissait clairement, pour la première fois, que seul un système tridimensionnel pouvait embrasser la totalité des couleurs, Ignaz Schiffermüller publiait à Vienne un cercle chromatique nouveau dont la circonférence était partagée en douze couleurs aux noms traditionnels ou fantaisistes : bleu, vert marin, vert, vert olive, jaune, jaune Orange, rouge feu, rouge cramoisi, rouge violet, bleu violet et bleu feu [sic]. A la différence du système de Harris, les transitions sont ici permanentes et les trois couleurs primaires bleu, jaune et rouge sont à égale distance lune de lautre. Entre elles sinterposent trois variétés de vert, deux dorange et quatre de violet (mais sans les couleurs secondaires elles-mêmes). Schiffermüller retient donc douze couleurs, en reprenant les travaux du jésuite français Louis Bertrand Castel qui avait publié en 1740 une Optique des couleurs dans laquelle il élargissait le cercle de Newton de sept à douze couleurs. Le choix de Castel est, sur ce point, assez inhabituel : bleu, vert céladon, vert, olive, jaune, fauve, nacarat (une nuance dorange), cramoisi, violet, bleu agathe et bleu violant [sic]. Castel se référait aussi aux douze demi-tons de léchelle musicale. Bien que Castel ait cherché en son temps à priver de signification la théorie de Newton pour la récuser, lentreprise de Schiffermüller atteint le contraire. Son système finit par illustrer la découverte de Newton : on peut ordonner les couleurs selon un cercle chromatique. Lentomologiste viennois, spécialisé dans les papillons, est lun des premiers à opposer comme couleurs complémentaires le bleu en face de lorange, le jaune en face du violet, le rouge en face du vert marin. Schiffermüller ajoute en outre un soleil ici seulement suggéré pour signifier clairement quil veut montrer « les couleurs flamboyantes » que la Nature a produites. Grâce aux mélanges, il entend obtenir les « couleurs vivantes et brillantes » que lon admire dans larc-en-ciel. Il considère dautres juxtapositions de « couleurs voisines » comme esthétiquement incongrues. Au reste, en 1771, Schiffermüller considérait quil était temps de traiter les couleurs comme un système naturel et de leur accorder une sorte dordre naturel, comme on lavait fait depuis longtemps pour les animaux, les plantes et les minéraux ; une telle classification deviendrait un instrument de travail vite indispensable pour les descriptions des naturalistes, en cette fin du XVIIIe siècle. Dans son Histoire culturelle des couleurs, John Gage cite lhistoire que le peintre William Williams rapportait en 1787 au sujet dun illustrateur dentomologie : « Se trouvant en une terre lointaine et ne connaissant ni artiste ni système rationnel de couleurs, il avait ramassé une multitude de coquillages colorés, avec une patience à toutes épreuves, afin de trouver dans chacun deux les différentes nuances colorées quil devait repérer et noter dans les ailes de ce merveilleux insecte [le papillon]. Cest quil ne soupçonnait pas quà partir de deux couleurs, il pût en faire une troisième et ainsi de suite. Il avait ainsi rempli deux grandes corbeilles quil disposait à côté de lui, et il lui fallait parfois une demi-journée de pénible travail pour trouver la nuance exacte quil recherchait. Quels résultats naurait-il pas obtenus, sil avait su comment mélanger ses couleurs ! » © echo productions www.colorsystem.com |